L’autre dilemme d’Euthyphron

Il y a quelques mois, j’ai posté trois posts sur le dilemme d’Eutyphron de Platon en montrant comment il était possible d’y répondre : partie 1, 2 et 3.

En résumé, dans le dialogue entre Socrate et Euthyphron, Socrate tente de comprendre l’essence de la sainteté :

Socrate : Que dirons-nous donc du saint, mon cher Euthyphron ? Tous les dieux ne l’aiment-ils pas, selon toi ?

Euthyphron : Oui, sans doute.

Socrate : Est-ce parce qu’il est saint, ou par quelque autre raison ?

Euthyphron : Par aucune autre raison, sinon qu’il est saint.

Socrate : Ainsi donc, ils l’aiment parce qu’il est saint ; mais il n’est pas saint parce qu’ils l’aiment.

Le dilemme Euthyphron est comme suivant : est-ce qu’une chose est bonne simplement parce que les dieux l’ont dit ? Or est-ce que les dieux disent qu’une chose est bonne à cause d’une autre raison ? Si donc, quelle est cette raison ?

Greg Koukl résume la solution au problème posé par Platon dans ce dialogue :

Le chrétien rejette la première option : la morale n’est pas fonction arbitraire du pouvoir de Dieu. Et il rejette la deuxième option : Dieu n’est pas dépendant d’une loi supérieure à lui-même.

La troisième option est qu’une loi objective existe (ce qui évite la première corne du dilemme). Cependant, cette loi n’est pas extérieure à Dieu, mais intérieure (ce qui évite la seconde corne). La morale est fondée dans le caractère immuable de Dieu, qui est parfaitement bon. Ces commandements ne sont pas des caprices, mais enracinés dans son caractère parfaitement saint.

Justin Taylor propose intelligemment un challenge au sceptique pour aller plus loin :

Nous ne devrions pas nous arrêter là. Nous devrions aussi mettre au défi le fondement de la morale du sceptique. Par exemple, nous pourrions prendre les mots de Bertrand Russel en nous substituant à Dieu :

Si vous êtes presque sûr qu’il y a une différence entre le bien et le mal, alors vous êtes dans cette situation : cette différence est-elle décrétée de votre propre chef ou non ?

Si c’est décrété de votre propre chef, alors pour vous il n’y a pas de différence entre le bien et le mal, et il n’est plus possible d’affirmer que vous êtes bon.

Si vous êtes entrain de dire que vous êtes bon, alors vous devez dire que le bien et le mal ont une signification indépendante de votre propre décret, parce que vos décrets sont bons indépendamment du simple fait que vous les avez créés.

Si vous êtes entrain d’affirmer cela, vous devrez ensuite dire que ce n’est pas seulement par vous que le bien et le mal existent mais qu’ils sont logiquement antérieurs à vous-mêmes.

Dis simplement : le bien existe-t-il parce que vous (ou votre communauté) le veut ou le vouliez-vous (ou votre communauté) parce que le bien existe ? Dans le premiers cas, le bien et le mal sont arbitraires ; dans le second cas, le bien et le mal sont objectifs, indépendants, externes et quelques choses auxquels nous devons nous soumettre.

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