Les arguments théistes – (2) Argument cosmologique

Article invité écrit par Jonathan Kitt

Alors que l’argument ontologique cherche à établir l’existence de Dieu en partant de sa définition, l’argument cosmologique part de l’observation du monde pour en déduire l’existence de Dieu – il s’agit donc d’un argument a posteriori. L’argument, qui trouve son origine chez Platon et Aristote, a été défendu par des penseurs tels que Al-Ghazali, Thomas d’Aquin et Leibniz. Nous examinerons deux « versions » de l’argument cosmologique : l’argument tel qu’il est formulé par Thomas d’Aquin (1224-1274), et l’argument cosmologique dit du kalam.

Dans sa Somme Théologique, Thomas d’Aquin expose cinq voies qu’on peut emprunter pour démontrer l’existence de Dieu. Dans le cadre de l’argument cosmologique nous étudierons les trois premières voies1:
1. La voie par le mouvement : « Il est évident, nos sens nous l’attestent, que dans ce monde certaines choses se meuvent. Or , tout ce qui se meut est mû par un autre. [...] Il est nécessaire de parvenir à un moteur premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel être, tout le monde comprend que c’est Dieu. »
2. La voie par la cause : « Il y a un ordre entre les causes efficientes. [...] Si l’on devait monter à l’infini dans la série des causes efficientes, il n’y aurait pas de cause première. [...] Il faut donc nécessairement affirmer qu’il existe une cause efficiente première, que tous appellent Dieu. »
3. La voie par la contingence : « Certaines choses naissent et disparaissent, et par conséquent ont la possibilité d’exister et de ne pas exister. [...] On est donc contraint d’affirmer l’existence d’un Être nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d’ailleurs sa nécessité, mais qui est cause de la nécessité que l’on trouve hors de lui, et que tous appellent Dieu. »2

Thomas d’Aquin s’appuie en particulier sur la notion de l’impossibilité de régression infinie de causes, notion qui soulève un certain nombre de questions.
La voie par le mouvement, par exemple, postule l’existence nécessaire d’un premier moteur non-mû, sans que cette existence ne puisse être démontrée autrement que par le raisonnement.
Et pourquoi cet argument mènerait-il à l’existence d’un Dieu unique ? Dieu, s’Il existe, n’aurait-Il pas simplement « remonté l’horloge » de l’univers ?

L’argument cosmologique dit du kalam3, qui nous vient de la philosophie médiévale arabe, insiste lui aussi sur la notion de causalité.On peut formaliser cet argument de la manière suivante :

1. Tout ce qui commence à exister a une cause.
2. L’univers a commencé à exister.
3. Ainsi, l’univers a une cause.

La théorie du Big Bang, stipulant l’origine de l’univers dans une « singularité » et infirmant la notion d’éternité de l’univers, a donné une vitalité nouvelle à cette formulation de l’argument cosmologique, en fournissant à la seconde prémisse un fondement scientifique.


1- Les quatrième et cinquième voies se rapportent respectivement à l’argument moral et à l’argument téléologique.
2- Somme théologique, Partie Ia, Question 2 – L’existence de Dieu; Article 3 – Dieu existe-t-il ?
3- Terme arabe traduit par discours.

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2 commentaires

  1. dieusansbarbe · ·

    Il me paraît difficile d’identifier le Big-Bang avec un commencement temporel de l’Univers, car aucun physicien sérieux ne dira que les équations du modèle standard prouvent qu’il y a un moment où l’univers n’existait pas. (Auquel cas, on aurait bien un "preuve" que quelque chose ou quelqu’un a dû le faire exister, et l’argument du kalam serait valide)
    Tous les commentateurs honnêtes de Thomas (et lui-même) ont remarqué que ses arguments n’interdisent pas une suite temporelle indéfinie d’événements, en revanche Thomas prétend bel et bien que cette suite éventuellement infinie de mouvements, de causes, d’êtres contingents ne tiendrait pas sans une source première du mouvement, qui soit elle-même immobile, une cause non-causée (qui permette aux autres causes, les causes secondes, d’opérer, éventuellement sans fin) , ou un être nécessaire qui ne tienne sa nécessité que de lui-même et non d’autre chose)
    Bref, ne confondons pas la question métaphysique du fondement ultime de la réalité avec la question physique des états antérieurs de l’univers (et là nous ne pouvons que conjecturer l’état antérieur au Big Bang survenu il y a 12, 7 miliards d’années)

  2. [...] Argument ontologique 2) Argument téléologique 3) Argument cosmologique 4) Argument [...]

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