L’évolution sociobiologique peut-elle expliquer le sens moral ?

Extrait d’un commentaire sur l’article : L’existence de Dieu est la meilleure explication du sens inné du bien et du mal.

Je crois par exemple qu’on a tendance à éternuer à peu près tous de la même manière à travers les cultures dans le monde, pour la simple raison que l’on est issue de la même espèce, avec des systèmes respiratoires fatalement ressemblants … qu’on a besoin, comme pas mal de choses grouillantes également sur Terre, de manger, dormir, se reproduire, exister le plus longtemps possible … Les hommes, comme les fourmis, les loups, etc … vivent en groupes. Par nécessité, le corps amène à une forme d’existence. Avant d’écrire en lettre d’or la « Loi », je crois qu’il tombe un peu sous le coup du bon sens le plus crétin qu’on vis tout de même mieux ensemble si on évite de s’arracher les boyaux à longueur de journée en forniquant. Et les codes institués, les règles du groupe apparaissent, pour formaliser des évidences produites par l’expérience, plutôt qu’une conscience innée. »

L’argument ici exposé est que le sens moral n’est pas inné mais il est le fruit de l’évolution : « Cela ne peut pas vous venir à l’esprit que le bon sens, la logique, aussi bête qu’une pomme qui tombe au sol, des contraintes concrètes font qu’à travers les âges, on a tendance à converger vers les solutions les plus logiques ? » Le sens moral de quelqu’un n’est pas quelque chose que chaque être humain possède intrinsèquement à la naissance mais quelque chose qui s’acquièrent au fur et à mesure.

A mon sens, il y a un problème fondamental à cette explication, c’est qu’elle n’explique pas ce que nous appelons le sens moral. En disant cela, ce que le naturaliste (ou évolutionniste ou empiriste) explique quand il cherche à expliquer le sens moral en terme naturaliste, n’est pas la moralité du tout. Il est entrain d’expliquer quelque chose de différent.

La question à laquelle nous tentons de répondre est : « Pourquoi quelqu’un devrait être altruiste et non égoïste ? » Nous cherchons à connaître la raison pour laquelle nous nous sentons poussés à être tourné vers l’autre et non sur nous-mêmes.

La réponse donnée par les naturalistes est la suivante : quand nous sommes égoïstes, cela handicape le groupe. En d’autres termes, peut-être plus explicite, « je crois qu’il tombe un peu sous le coup du bon sens le plus crétin qu’on vit tout de même mieux ensemble si on évite de s’arracher les boyaux à longueur de journée en forniquant. » Mais voyez-vous, la réponse donnée n’en est pas une parce qu’elle présuppose une autre valeur morale : celle de nous sentir concernés par la bonne santé du groupe.
D’où la question : « pourquoi devrions-nous sentir concernés par la bonne santé du groupe ? » la réponse « tombe là aussi sous le coup du bon sens » : parce que sinon les groupes ne survivront pas, et si les groupes ne survivent pas alors l’espèce ne survivra pas. Ensuite, vous pouvez imaginer la prochaine question : « pourquoi devrions-nous prendre soin de la santé de l’espèce et de si l’espèce survit ou pas ? » Comprenez-vous où je veux en venir ? Le problème avec toutes ces réponses qui tentent d’être des justifications ou des explications des règles morales, est que celles-ci dépendent elles-mêmes d’une règle morale admise au préalable. Par conséquent, elles ne peuvent véritablement expliquer le sens moral. Toutefois, quand nous posons la question : « pourquoi devrions-nous être concernés par l’espèce vivante ? » la prochaine réponse mettra fin à la série de question, et nous connaîtrons l’origine de la moralité. La réponse est que nous devrions être concernés par l’espèce parce que si l’espèce disparaît, alors nous ne survivrons pas nous-mêmes. Autrement dit, si l’espèce est en voie de disparition, alors mes propres intérêts vont être en voie de disparition.

Par conséquent, pour être bref, le raisonnement est le suivant : je ne devrais pas être égoïste parce que c’est mieux pour le groupe, ce qui est mieux pour l’espèce, ce qui est mieux pour moi. D’où, pourquoi ne devrais-je pas être égoïste ? Parce que c’est mieux pour moi. Mais regarder à ce qui est mieux pour moi, est à proprement parler de l’égoïsme. Ainsi, tout ce qui est appelé description de l’origine du sens moral en est réduit à cette proposition absurde : je devrais moralement ne pas être égoïste de sorte que je puisse être totalement égoïste.
Cela n’a aucun sens parce que nous savons que le sens moral ne peut être simplement réduit à de l’égoïsme. Nos règles morales sont toujours faîtes contre l’égoïsme et pour l’altruisme. Elles sont contre l’égoïsme et pour l’opposé. Il est absurde de définir quelque chose en disant que c’est son opposé. Quand vous pensez à ce qu’être moral implique, vous ne pensez pas que la moralité est vraiment de l’égoïsme purement et simplement.

Le sens moral est tout à fait différent. Quand nous cherchons une définition du sens moral, nous savons que cela ne traite pas de l’égoïsme, puisque nous cherchons à expliquer pourquoi nous ne sommes pas égoïstes. D’une part, les naturalistes font passer le sens moral en douce dans l’équation en décrivant le comportement qui est sensé être expliqué par l’évolution, donc leur définition dépend de la moralité pour faire leur explication. D’autre part, les descriptions et explications finissent en étant réduit à de l’égoïsme, ce qui n’est pas ce qu’ils essayaient d’expliquer. Ils essayaient d’expliquer pourquoi quelqu’un ne devrait pas être égoïste et non pourquoi quelqu’un devrait être égoïste.

D’après une traduction libre et partielle de Evolution can’t explain morality de Greg Koukl.

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Un commentaire

  1. Stat Crux · ·

    J’ai lu votre sujet avec attention car j’ai eu une discussion identique avec un athée.Son argument était également qu’une dose d’altruisme était bonne pour le groupe et la perpétuation du groupe.Néanmoins, il ne comparait pas le sens moral à un égoïsme mais voulait nier la RESPONSABILITE de l’altruiste. Il en aurait hérité par ses gènes et si ce sens moral n’existait pas son groupe n’aurait pas survécu et l’altruiste ne vivrait pas.Je trouve l’argument de l’égoïsme un peu faible car la perpétuation de l’espèce est déjà en soi quelquechose qui dépasse le bénéfice immédiat pour la personne qui exerce le sens moral.A mon avis, les arguments à opposer sont :- l’homme est le seul à avoir ce sens moral, ce qui le distingue déjà nettement des animaux et des instincts.- le matérialiste ne peut pas imaginer une vie intérieure et que l’homme s’élève au dessus de ses instincts. L’étude des saints et le témoignage des croyants peut montrer que l’homme a une liberté et peut l’exercer.

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